Portraits - N°74 - Avril/Mai 2007

Daniel Roche : dans les entrailles des Bossons

Daniel Roche a collecté plus d’une tonne de vestiges des crashs aériens sur le Mont-Blanc.

 

Une teigne, voilà comment Daniel Roche se présente volontiers. «Quand je tiens quelque chose, je ne lâche pas.» Depuis un peu plus de trois ans, ce Lyonnais, gérant d’une société immobilière, explore les entrailles du glacier des Bossons, à la recherche de vestiges des crashs aériens sur le Mont-Blanc : le Constellation d’Air India «Malabar Princess», le 3 novembre 1950, l’hélicoptère Sikorsky qui a tenté de voler au secours des alpinistes Vincendon et Henry, le 31 décembre 1956 et enfin, le Boeing – toujours d’Air India – «Kangchenjunga», le 24 janvier 1966. Ne le qualifiez surtout pas de chasseur de trésor. Daniel Roche s’en défend vivement, pour se poser en «chercheur d’histoire, chercheur de souvenirs». Des souvenirs qu’il a récoltés à la pelle. Ou plutôt au piolet et au marteau, ses deux instruments de prédilection.

 

Une tonne et demie d’objets

 

Au cours de ses multiples pérégrinations – il sillonne le glacier du printemps aux prémices hivernales –, l’insatiable Daniel a ainsi extrait plus d’une tonne et demie de pièces en tout genre : siège d’hélico, batterie d’avion, vérin, soute à bagages, bijoux, etc., chaque trouvaille étant scrupuleusement datée, photographiée et numérotée. Chez lui, se sont également accumulés une foultitude de documents, fruits de ses fouilles dans les archives des compagnies aériennes, des tribunaux et autres bureaux de police. «J’ai le premier procès-verbal de l’accident du Boeing. Il y est fait état de 1 mort et de 117 disparus. Je vais recevoir des commissions rogatoires.» Alors, acharné l’ami Roche ? Non, tout simplement passionné et en aucun cas appâté par la valeur «commerciale» de ses découvertes. «Le côté financier ne m’intéresse absolument pas. C’est la dimension sentimentale qui prime. Pour moi, tous ces gens ne sont pas morts puisqu’on parle encore d’eux aujourd’hui.» Et en particulier d’une certaine Josette Bonnargent, hôtesse de l’air française à bord du «Kangchenjunga». Josette, dont Daniel Roche a récupéré, en février, le sac à main, contenant moult effets personnels : vêtements, lunettes, cartes de visite, bijoux, bigoudis… émouvantes traces d’une vie fauchée en plein vol.

 

A la mémoire de Josette 

 

Jusqu’au-boutiste, l’explorateur des glaces a mené l’enquête pour retrouver des proches de l’employée d’Air India. Et le 24 avril prochain, à la mairie du 6e arrondissement de Lyon, il leur remettra en mains propres les dernières affaires de Josette*. «Je pensais que Chamonix aurait voulu organiser quelque chose autour de cette histoire. ça n’a pas été le cas», regrette Daniel Roche qui, pas rancunier, a quand même prêté une partie de son «butin» pour l’exposition «Des Glaciers et des Hommes», qui se tient en ce moment à l’Espace Tairraz. «Dommage qu’il n’y ait pas dans la station un espace permanent pour tous ces vestiges qui intriguent et passionnent le plus grand nombre, poursuit-il. Je dois déranger, car je bouscule un peu les usages chamoniards.» Et de fait, ce quinquagénaire à la physionomie bonhomme est un incorrigible touche-à-tout (il a travaillé un temps dans le show-biz, a touché au ballon rond en professionnel, à la course automobile, etc.) mais aussi un autodidacte pur jus. Lui qui n’avait jamais chaussé les crampons, ni utilisé de piolet ou de broches à glace, il a appris sur le tas, en lisant des livres et aussi en sortant en compagnie de pros, comme le guide Christian Mollier.

 

Prise de risque calculée

 

Et lorsqu’on lui demande s’il ne craint pas de prendre un sérac sur la tête – les Bossons sont en effet désertés par les alpinistes en raison de leur dangerosité – il répond, serein : «Il faut rester très humble devant la montagne, comprendre le fonctionnement même du glacier. J’essaie toujours de me dire que c’est la première fois que j’y vais. Il n’y a pas de routine. Je reste très attentif. J’anticipe. Dans les 5 secondes je dois toujours trouver une solution de repli.» Régulièrement, il emmène d’ailleurs avec lui sa fille Diane, âgée de 8 ans et 1/2. «Elle adore ça.» Infatigable crapahuteur, Daniel Roche a aujourd’hui plus d’un projet en ligne de mire. Outre des idées de reportages, DVD et bouquin, il s’apprête à larguer deux boîtes noires depuis l’endroit du crash du Kangchenjunga. «On n’a jamais retrouvé la boîte – ronde – du Boeing. Donc j’en ai fabriqué deux à l’identique. L’une sera abandonnée côté français et l’autre côté italien.» C’est d’ailleurs sur ce versant transalpin qu’a été localisée tout récemment une des hélices du «Malabar Princess». «Je vais voir comment on peut la rapatrier, s’enthousiasme Daniel. Peut-être avec un traîneau. Sinon il faudra louer un hélico.» Gageons que le garçon trouvera, de toute façon, une solution. Une teigne on vous dit…

 

Abattu en plein vol ?

 

Lors de ses conférences, Daniel Roche n’hésite pas à avancer la thèse d’un missile pour expliquer l’affaire du «Kangchenjunga». «Il y a tout d’abord cette similitude : à 16 ans d’intervalle, un avion de la même compagnie qui s’abîme exactement dans le même secteur que l’autre crash. Tout le monde sait que dans le Boeing se trouvait le professeur Homi Bahabha, qui était le père fondateur du programme nucléaire indien. Il se rendait à une conférence à Vienne. L’appareil s’est complètement désintégré sur le Mont-Blanc. Quand un missile percute un avion, il mange tout l’oxygène. Il n’y a donc aucune trace de brûlure. Et c’est flagrant sur toutes les pièces que j’ai récupérées. Pas une ne porte une infime marque de feu ou de flamme…»

 

* Une conférence est prévue le 24 avril à 18h30, en présence de Daniel Roche et du glaciologue chamoniard Luc Moreau. Une partie des pièces des crashs sont également exposées à la mairie du 6e arrondissement de Lyon du 23 au 27 avril.

Commentaires des internautes
rod - le 18/07/2014 à 10:14
J'ai été la compagne de Jean-Claude Cornu décédé dans ce crash. Passablement de choses fausses se sont greffées, entre autres, sur lui
J'ai connu Jean-Claude j'avais 17 ans, étant née en 1941 et lui le 18 novembre 1936, il a été mon premier amour.
Je ne suis pas venue lui rendre hommage, parce que le monde qui gravitait à Veyrier, parait-il, m'aurait fortement perturbée.
A nouveau, après le crash qui vient d'arriver hier soir, entendu sur RTL, j'avais juste envie de vous écrire. Un ami demeurant à Nice, m'en a parlé. Lui s'était renseigné par internet sur ce crash de 1966, et m'avait d'ailleurs parlé du précédent 10 ans auparavant au même endroit. Peu importe mes explications, je vous félicite pour vos recherches, je tenais à rectifier quelques sources fausses qui heurtent mes oreilles.
Merci de me lire.
Je me suis reconvertie en psychologue, j'écris ma biographie,(études commerciale, secrétariat, mannequinat, étude de psy à 35 ans.., diplôme à la quarantaine, passionnée d'astrologie, arts, ) perturbée certes, mais heureuse par la vie que nous nous faisons. Si j'ai tenu à évoquer Jean-Claude, car bien qu'il vivait à 300 à l'heure, brûlant souvent la chandelle par les deux bouts, il m'a apporté son enthousiasme, a révélé ma beauté, je n'avais jamais entendu de si beaux compliments, devant sa maman Jane, avec qui j'avais une si belle complicité. Elle était née en 1910, le 29 mai, quelle femme sensible, bien qu'elle fut handicapée de la hanche, elle trottait, couvait trop Jean-Claude, - il vivait au Grand-Lancy, chez maman, 3 ch. du I er août, lorsque je l'ai connu, au Grand-Lancy. Observateur, subtil, détestant la solitude, il aimait les gens, travaillait à la vieille ville, aux Plaideurs, jusqu'à ce qu'il ait envie de se convertir dans un tout autre domaine.
Il m'a appris l'empathie. Bien qu'il paraissait insouciant, il m'a souvent dit, qu'il mourrait jeune.... Une boutade: je puis vous assurer que le thé, évoqué par certains journaux et un livre, n'était pas sa boisson favorite. Ses amis Edmond Vuichet, s'il vit toujours, Pierrot Ponsot,tous de Genève, et d'autres de 1936, s'ils sont toujours de ce monde, auront le sourire car Jean-Claude était une âme qu'on ne peut oublier.
Bien à vous.
Roger BRUHIN - le 19/11/2018 à 09:42
Comme nous étions hier le 18 nov. j'ai beaucoup pensé à Jean-Claude.Je suis son cousin germain né le 2mai 1937.Comme ses parents étaient divorcés, c'est notre Grand-Maman qui l'a élevé,dans l'immeuble construit par notre Grand-Papa.Nous étions voisin de palier.Nous avons donc fait ensemble nous première expérience de jeunesse !
Je me rappelle très bien de sa première compagne,après plus de 50 j'ai oublié son prénom c'est pardonnable.
Le texte ci-dessus est remarquable.
Je revois mon cousin toujours à l'âge de 30 ans.
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Courrier des lecteurs
Michel Clément [Montbéliard], résident à Chamonix et cycliste invétéré, nous a écrit pour nous faire part de son mécontentement eu égard à l’état des routes dans la vallée.

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